Le cosplay permet d’exprimer notre créativité, via la réalisation de costume, l’incarnation d’un personnage mais aussi grâce à la photographie. Pour illustrer cela, nous avons cette fois-ci posé des questions à Merey sur la réalisation d’un shooting photo cosplay !

  • Organisé avec : Pixy Cosplay, Tristan Daevara et La charrette à costumes
  • Univers : Le château ambulant (film du studio ghibli)
  • Date & Lieux : Le samedi 25 septembre, près d’un lac de montagne

Tu peux nous parler du processus de réalisation/organisation du shooting ?

J’ai commencé la photo il y a quelques mois et pour le moment je shoot surtout avec des amies cosplayeur/euses que je connais déjà. Ça me permet de ne pas trop m’angoisser pour les délais de réalisation et de m’entraîner sans trop de pression. 

En ce qui concerne ce shooting précisément, c’est la modèle qui m’a contactée pour savoir si son projet de revisiter le costume de Sophie du château ambulant m’inspirait.

C’est mon critère de choix Si equa non, je ne veux pas prendre en photo des univers que je ne connais pas ou avec lesquels je n’ai aucun attachement émotionnel personnel, pour moi un shooting doit vraiment être une vision partagée entre le photographe et la ou le modèle. 

En l’occurrence, ce film était très important pour moi, je n’ai pas hésité.

Si le projet est partagé, la première étape c’est de parler de nos envies, des ambiances, des décors que l’on souhaiterait trouver. 

Je mets pratiquement toujours en place un tableau pinterest que je partage avec la ou le modèle et sur lequel on ajoute nos images de référence. Je discute aussi beaucoup avec la personne via les réseaux sociaux. En l’occurrence Pixy a même eu la gentillesse de m’intégrer à certaines décisions concernant le costume lui-même en me demandant par exemple mon avis sur le type de tissu, de bouton, la forme du chapeau. C’était inédit pour moi mais très stimulant. 

Ensuite en général on essaye de trouver le lieu idéal pour concrétiser cette idée et une date à laquelle tout le monde est disponible. C’est parfois les cosplayers qui ont une idée précise en tête, parfois c’est moi et parfois on cherche ensemble tout simplement.

Dans la mesure du possible j’essaye de trouver des endroits qui restent facilement accessibles, peu fréquentés et toujours en lumière naturelle puisque je n’ai pas vraiment le matériel adapté pour shooter en intérieur.

La plus grosse contrainte des shooting en extérieur, c’est la météo et il est assez fréquent de devoir reporter la séance en dernière minute. 

La plupart du temps j’essaye aussi de faire du repérage un peu à l’avance pour éviter les imprévus et les pépins qui peuvent entraver la réalisation du shoot. 

Concernant ce shoot plus précisément comme c’était moi qui vivais dans la région, j’ai cherché plusieurs lieux pouvant correspondre à nos envies, je les lui ai proposés et nous nous sommes mises d’accord sur le lac en question. Nous avons fixé la date vers la fin du mois d’Août, nous n’avions pas trop de marge de manœuvre puisque la modèle venait d’assez loin (d’alsace). Elle est arrivée le vendredi soir et nous devions à la base prendre les photos le samedi matin très tôt pour profiter du lever du soleil.

Malheureusement, elle est arrivée bien plus tard que prévu à cause de soucis sur son trajet en covoiturage.

Une nuit de quelques heures seulement avant une séance photo n’étant pas une très bonne idée, nous avons donc reporté la séance au samedi soir pour exploiter le coucher du soleil.

Avant de démarrer, quel(s) aspect(s) de ce shooting te faisait le plus peur ?

Ma peur c’est toujours que les photos ne plaisent pas à la personne, ne la mettent pas suffisamment en valeur, elle ou son costume, de ne pas trouver les bons angles, c’est vraiment mon angoisse sur toutes mes séances. 

Pour cette séance mon autre gros défi, c’était de gérer une lumière très changeante puisque je n’avais encore jamais eu l’occasion de photographier un coucher ou un lever de soleil. En tant que photographe débutante, je patauge encore pas mal avec mes réglages parfois et c’est vrai que même si le format raw permet de rattraper beaucoup de choses à la retouche, j’essaye vraiment d’avoir la meilleure prise de vue possible dès le départ. Le simple fait d’être en montagne crée pas mal de contraintes au niveau de la luminosité, d’une part parce qu’on peut se retrouver sur un versant où la lumière est complètement bloquée, ou au contraire parce qu’il n’y a aucun nuage et qu’il y a trop de lumière.

Le fait de shooter un coucher de soleil plutôt qu’un lever de soleil avait aussi pour conséquence de ne pas pouvoir me replier sur une lumière du jour “classique” en cas d’échec. 

D’un autre côté, j’étais aussi assez angoissée par la fréquentation. Comme je n’avais pas eu l’occasion de visiter les lieux avant la séance, j’avais vraiment peur que le fait de reporter notre shoot en soirée, plutôt que très tôt le matin ne nous mette face à une horde de touristes. Heureusement, ça n’a pas été le cas et nous avons juste croisé quelques campeurs un peu perplexes, mais très sympathiques.

Quelle technique as-tu apprise ou eu l’occasion de tester durant ce shooting ?

Je n’ai pas utilisé de technique photographique nouvelle à proprement parler, j’ai simplement pu expérimenter pas mal avec la lumière et notamment ma balance des blancs pour trouver un rendu qui sublime au mieux la beauté du ciel. Je suis partie sur des ambiances tantôt très dorées pour refléter l’aspect profondément nostalgique et contemplatif de l’œuvre et tantôt plus bleutées en fin de séance pour évoquer le côté nocturne du flash back d’Hauru auquel Sophie assiste vers la fin du film. 

Pour certaines images, j’ai notamment pris deux photographies avec des expositions différentes pour tenter de les combiner en post-production.

Enfin, j’ai dû essayer de composer avec les reflets sur l’eau du lac, ce qui ajoutait une petite contrainte supplémentaire, tout comme la gestion du vent, qui nous a bien soufflé dans les plumes.

Comment as-tu choisi le lieu et/ou le matériel, et pourquoi ?

Pour le choix du lieu, nous souhaitions trouver un lac dès le départ puisque dans le film, le refuge secret de Sophie et Hauru est une petite cabane en pierre au bord d’un lac face à des montagnes enneigées, entourée de fleurs. 

Nous avons beaucoup hésité entre privilégier le côté cabane en pierre et champs de fleurs ou le côté lac et montagne, puisque nous ne trouvions pas de lieu combinant parfaitement les deux. Le printemps étant passé depuis un moment d’une part et le lac étant plus original par rapport aux shootings déjà existants de ce personnage d’autre part, nous avons finalement préféré le lac. Cette décision vient aussi très probablement du fait que nous sommes des grandes amoureuses de la montagne. 

Il existe énormément de lacs dans la région mais celui-ci nous a vraiment tapé dans l’oeil à la fois parce qu’il était facilement accessible (un petit quart d’heure de marche et une heure de route en voiture), mais aussi parce qu’il y avait des herbes hautes sur les bords de ce dernier qui s’apparentaient beaucoup aux décors du film et lui donnait plus de texture et de relief. Le fait d’avoir le reflet des montagnes enneigées juste en face était également une plus value. 

Enfin niveau matériel, j’ai “choisi” mon fidèle appareil Canon EOS 600D, son objectif de base ainsi qu’un réflecteur, puisque c’est à l’heure actuelle le seul matériel dont je dispose.

Les helpers ont aussi trimballé pas mal d’accessoires car j’ai une vilaine tendance à rajouter des accessoires de partout sur mes shoots.  En l’occurrence je me suis procurée un joli miroir sur le bon coin et on a trimballé plein de linge blanc tiré de mes placards, ainsi qu’un panier en osier, une théière, une tasse, des fausses fleurs et un joli livre rapporté par la modèle.

Au total, combien de temps ça t’a pris pour préparer, réaliser et traiter le shooting ?

C’est une très bonne question, je ne compte pas vraiment mes heures. La réalisation du shoot en elle-même a été d’environ 3, 4 heures, pour le moment je prends encore pas mal de temps à chercher mes angles ou à préparer mes réglages et je ne suis pas encore capable de faire un shoot complet et efficace en une heure, ou tout simplement avec une estimation de timing précise, mais j’y travaille! 

Pour le traitement, je suis aussi assez lente. J’essaye toujours de tester de nouvelles choses sur photoshop et j’aime prendre le temps de retoucher une même photo sur plusieurs jours (2 heures par ci, 2 heures par là), pour avoir plus de recul sur la photo en question. 

En général, je crée un drive avec l’ensemble des photos exploitables qui me plaisent et je laisse plusieurs jours à la ou le modèle pour sélectionner ses images favorites (pour un shoot solo je pose généralement un maximum de 6 ou 9 photos). Ensuite je retouche au compte goutte, cela prend au général plusieurs mois, surtout que je demande toujours un retour au modèle sur la retouche pour savoir si quelque chose la/le gêne ou ne lui plait pas. Pour ce shooting, j’ai déjà édité quatre photos mais je travaille encore dessus. 

Qu’est-ce que tu voudrais améliorer ou refaire différemment ?

Je suis assez satisfaite du résultat global de ce shoot, j’aime beaucoup l’ambiance que nous avons réussi à créer. Si j’avais dû le refaire dans un monde idéal j’aurais tout de même préféré profiter d’un lever de soleil qui offre des lumières assez différentes et surtout peut-être plutôt au printemps car l’élément qui manque le plus au résultat final est le côté fleuri du champ bordant le lac. 

Un peu moins de vent ne serait pas non plus de refus, car bien que le costume soit confortable et assez chaud, le vent rend toujours la prise de vue compliquée au niveau de la wig, du chapeau, des accessoires etc. (on a eu quelques backstage de fails assez épiques)

J’aurais aussi aimé ajouter des couleurs et de la lumière directement à la prise de vue pour certaines images, notamment celles prises en fin de séance et je pense investir bientôt dans un éclairage LED autonome pour ajouter ce genre d’effets.

Un conseil pour quelqu’un qui se lancerait dans ce genre d’aventure créative, que ce soit en tant que modèle ou photographe ?

Je ne me sens pas vraiment légitime à donner des conseils car il existe autant de modèles et de photographes que de façon de travailler ces deux arts. 

Du haut de ma modeste expérience, je pense cela dit que l’essentiel est de faire du shoot un plaisir partagé et de privilégier le confort et le bien-être de son modèle. Tout passe par la communication et  je pense qu’il est essentiel que la vision artistique de l’un ne prenne pas le pas sur celle de l’autre, c’est un équilibre parfois difficile à trouver mais à mon sens absolument essentiel. Surtout que d’après mon expérience personnelle, la photographie peut avoir un grand impact sur l’estime de soi d’une personne. 

Je pourrais aussi conseiller de bien prendre son temps pour s’organiser et de limiter au maximum tous les paramètres hasardeux. 

Enfin, je conseillerais volontier aux modèles de passer derrière l’objectif et aux photographes de passer devant, car le fait d’avoir cette double expérience m’a personnellement beaucoup aidée à prendre en considération de nombreux détails et améliorer ma prise de vue en dirigeant plus efficacement les modèles dans leurs poses.

Une anecdote à raconter sur ce shooting ?

Je n’ai pas une grosse anecdote particulière qui me revienne concernant ce shoot, mais s’il y a une chose que nous ne sommes finalement pas près d’oublier c’est sans doute l’orage qui a éclaté d’un coup, pile poil quand nous avions fini le shoot. (Merci les changements de météo impromptue en montagne). Bien sûr le trajet de 15 minutes à pied qui s’en est suivi a été assez compliqué physiquement, mais c’était pour la bonne cause et la vision de ce magnifique orage dans les routes de montagnes perdues qui ressemblaient presque à l’écosse, c’est une vision qui n’est pas prête de me sortir de l’esprit et qui, je l’avoue, m’a bien donné envie de photographier des thèmes plus dark et mystérieux à l’avenir…